This collage started by chance: one half page lying on the next one (2). Putting the torso on it, I saw that the contrast between the figures was quite strong because of the woman’s stillness and smile and the power of the moving torso, both bodies being merged downwards. But in fact this was a reminder of the dancing model of the initial page (1) whose movement had been sacrificed with the half page stuck on it. But this initial dance was to be stronger than I could imagine, as it continued its subversive and unconscious influence till the final state of this collage. But I realize this only as I am writing this commentary, first in French, than in English. I was tempted to stop my work at (3), with the torso emerging from the side of the woman, which would have been an interesting inversion of the biblical story of Eve’s creation, but I wasn’t so satisfied with the amputated torso. The whole picture wasn’t dynamic enough. So I glued the arm holding the 2 cards (4), but then the head didn’t fit any more; it became a begging gesture, in contradiction with the muscles. The new composite head had the advantage of expressing the triumph of holding the right cards (5). The adjunction of the leg gives the impression of a triumphant dance, but the woman’s face was to clichéd (6). I decided to rework both heads and to add the hand. This provoked a reversal of the situation. The woman is the one now who seems to hold the cards whereas the man appears to be in a crisis. She is strong and calm, with a Mona Lisa smile, while the man is struggling in vain. Maybe my visitors see something different in the picture?







Ce collage a commencé par un hasard : la page à moitié découpée posé sur la page suivante (2). En posant ce torse dessus, j’ai vu que le contraste entre les personnages était très expressif à cause de l’immobilité de la femme et de son sourire et la puissance du torse en mouvement, les deux corps se confondant en bas. Mais cela ne faisait que reprendre le mouvement de danse du mannequin de la page initiale (1) qui avait été sacrifié en collant la demi-page dessus. Cette danse a été finalement plus forte que je l’avais imaginé, car elle a exercé son influence subversive et inconsciente jusqu’à la fin du collage. Il est vrai que cela ne m’apparaît qu’en écrivant ce commentaire. J’ai été tenté de m’arrêter en (3), avec le torse émergeant du côté de la femme, ce qui aurait été une inversion de l’histoire biblique de la création d’Eve, mais le côté fragmenté du torse ne me satisfaisait pas. La dynamique me semblait trop faible. J’ai collé alors le bras tenant les 2 cartes (4), mais c’est alors que la tête n’allait plus du tout, le geste devenant suppliant. La nouvelle tête – composite- a l’avantage d’exprimer le triomphe de tenir les bonnes cartes (5). L’ajout de la jambe donne l’impression d’une danse triomphale, mais la femme restait trop stéréotypée (6) J’ai alors décidé de retravailler les 2 têtes et d’ajouter la main. Cela a engendré un renversement de la situation. Maintenant, c’est la femme qui semble tenir les bonnes cartes, alors que l’homme semble faire une crise. C’est elle, la force tranquille, au sourire de Joconde, tandis que l’homme se démène en vain. Mais peut-être mes visiteurs y voient-ils autre chose ?
Dear Berni,
You just have achieved your 300th collage of 2009 and I congratulate you. Your are very prolific, indeed! Dou you remember your anxiety when after a series of paintings you felt empty, you imagined yourself hollow and were afraid of another journey through the desert of inspiration?
The easy solution: copying yourself didn’t come into your consideration. Even if some themes reappear again and again in your collages – they do it in different forms. So you had to find your resources elsewhere, outside you to feed your imagination.
Do you remember how fast you made your collages? You speeded so much that you felt the need for justifying the improvisational character of your collages. Now I see that you take more time for details, nick picking in order to make small paintings in A4. It is true that you were a teacher before and your free time was limited, whereas now you are free to work whenever it pleases you.
So you could establish another rhythm – you were surely dreaming of since ever, but were you capable of keeping it on? You had to do some work on yourself before reaching this point. Making collages has helped you, but the main reason is elsewhere. It is the reflection on yourself, on what you are doing that helped you to find your working style and your place in the art world. You came to accept your place as an outsider, a totally free artist who is not after fame or money. In the past, this choice could seem to you like a malediction, but now it permits you to make your collages without afterthoughts of any order. You feel light. Creation is so demanding that you have to be totally open to it. And your blog helps you to have a critical look at your works and to continue your route.
Happy 300th collage!

Cher Berni,
Voici que tu as fait le 300e collage de l'année 2009 et je t'en félicite. Tu es vraiment très prolifique! Te rappelles-tu tes angoisses quand, ayant achevé une série de tableaux, tu t'imaginais vidé, que tu avais tout donné et que tu appréhendais une supposée traversée du désert?
La solution de la réplique de soi, de l'auto-copie ne t'a jamais inspiré, même si certains thèmes reviennent inlassablement dans tes collages. Tu as dû trouver des ressources ailleurs, hors de toi, pour alimenter ton imaginaire.
Te rappelles-tu la vitesse à laquelle tu faisais tes collages? Tu étais tellement rapide qu'après coup, tu as voulu justifier le côté brut et improvisé de tes images. Il me semble que maintenant, tu regardes davantage les menus détails, que tu cherches à les soigner davantage, faisant des sortes de petits tableaux en A4. Il est vrai que tu travaillais comme prof et que ton temps de création t'était compté. Maintenant, tu peux t'y consacrer journellement et fignoler tes images.
C'est donc un autre rythme de création que tu as pu établir - sans doute en avais-tu rêvé depuis toujours, mais en étais-tu capable alors? C'est tout un travail intérieur que tu as dû accomplir pour y arriver, le collage t'y a aidé, mais ce n'est pas la partie la plus importante de ce processus, il me semble. C'est la réflexion sur toi, sur ce que tu fais qui t'a vraiment aidé à trouver ta manière de créer. Et cela a éclairci aussi ta manière de concevoir ta place dans le monde de l'art. Tu as assumé celle de l'outsider, d'un artiste totalement indépendant et libre, ne courant ni après le succès, ni après les honneurs et nullement après la fortune. Si ce choix pouvait t’apparaître autrefois comme une malédiction, il te permet maintenant de créer tes collages sans jamais te soucier de savoir s'ils seront agréés ou pas, vendus ou pas. Quelle légèreté! La création est tellement exigeante en soi qu'il vaut mieux y être totalement disponible et ne pas t’encombrer du "monde de l'art", mais dialoguer avec les artistes d'aujourd'hui comme de jadis, pour enrichir ton expérience créatrice.
Et la création de ton blog te permet également de prendre du recul, de réfléchir à ce flot d’images que tu ne cesses de produire et de partager tes pensées, poursuivant ainsi ton œuvre artistique.
Bon 300e collage, Berni.
My collages are made of many pentimenti. It’s the art of pentimenti, but instead of seeing it like a fault, as it used to be in the past, I see it as a way to perfection.
During the making of this collage, I hesitated when I was going to put the hand and fingers on/through mouth and eyes. I felt that the picture became obscene, because of this sadistic gesture.
Originally it was an ad for perfume, quite eroticized, and I wanted to push it into an extreme sadism, influenced by my reading of a book The Art of shrinking Heads by the French philosopher Dany-Robert Dufour, and even more by the violence of misogynic song of a French rapper, Orelsan, named Sale pute (bloody bitch), which was referred to in the book. The smashed face and the grinning face seemed to me quite unbearable (like in Clockwork orange).

But while I was writing this text, and looking at the collage, I felt that the face of the girl wasn’t satisfying, that it lacked coherence. So I returned to my desk and changed it rapidly. In the new version, the victim’s face is blurred; the situation has changed, it is now a scene where drugs have come into play. The conscience is annihilated and the worst becomes possible. The unconscious victim and its torturer look both at us: the first in order to make us help her, the second to include us in his act as a voyeur.

Personally, I know who I am with.
PS The title of this collage is an hint to Süsskind's novel.
Mes collages sont le fruit de maints repentirs. C’est même l’art du repentir. Mais je ressens cela non comme une faute, comme c’était le cas dans le passé, mais comme une voie vers la perfection.
C’est en faisant ce collage que j’ai hésité en posant le doigt sur/dans l’œil. J’avais l’impression d’une image devenant indécente, tellement le geste me semblait sadique (cf. Orange mécanique).
Originellement c’était une pub pour un parfum, assez érotisée, que j’ai voulu pousser vers un sadisme extrême, sans doute également influencé par ma lecture de Dany-Robert Dufour : La cité perverse, et surtout par un texte de rappeur français hyper violent et misogyne (Orelsan : Sale pute) cité dans cet ouvrage. Le visage défoncé par la main associé au rictus du personnage du fond me semblait presque insoutenable.
Mais en écrivant ce texte, je me suis rendu compte que le visage de la femme n’était pas satisfaisant du point de vue de la cohérence. Courant à ma table de travail, je modifie le visage rapidement. Dans la nouvelle version, , le visage de la victime est flou ; la situation a changé, il s’agit d’une scène où il y a absorption de stupéfiants. La conscience est annihile et le pire devient possible. La victime, inconsciente, et son bourreau, conscient, nous regardent : la première pour nous inciter à la secourir, le second pour nous inclure dans son acte en tant que voyeur.
Personnellement, j’ai choisi mon camp.
PS Le titre du collage fait allusion au roman de Süsskind.
This post just to show a smooth making of a collage with simple means. As you can see, there was a straight progression towards the final state, which is quite unusual with me. As for the content, there is a little hint to Picasso who is the artist whose exploration of the human figure is my ideal. My collage lacks the tragic of the master's self portrait; I am only 68 yet and like to put a trifle of humor in my works. The relationship between men and women seems to be quite a challenge in Western countries nowadays and men can feel lost. There is another connection to Kafka’s A Report to an Academy, or if you are younger and your culture comes from movies or TV, Boulle’s Planet of the Apes.



Ce collage s'est fait tout simplement. Comme on peu le voir, en 3 temps, avec une progression constante, ce qui est inhabituel chez moi. Quant au contenu, il y a une allusion à Picasso dont l'exploration de la forme humaine est mon phare. Mon collage est moins tragique que celui du maître, mais je n'ai que 68 ans et j'aime mettre une once d'humour dans mes oeuvres. La relation hommes-femmes est devenue un défi dans nos pays et les hommes peuvent se sentir un peu perdus. Une autre piste conduit vers Kafka et son Rapport pour une académie et - si vous êtes jeunes et gavés de culture télévisuelle - la Planète des singes de Boulle.

This collage refers to some paintings of Picasso showing the same subject. In my collage, it is not a combat with daggered tongues, as in those masterpieces, but more a reflection on what is shown or exposed and what is going on inside a person. A tongue is supposed to remain in the mouth and not to be exhibited, save to the doctor. When I was a boy, once I tried a french kiss with a school mate (a boy): we touched each other's tongue before the whole class and everybody found it disgusting... Some ads from Guess or D&G play with this interdiction and transgress it. Personally, this doesn't seem very erotic to me, rather porno soft. It is an over exposed intimate gesture. But the essential remains invisible for sure and I tried to show opposed or complementary figures. With Picasso, the kiss seems to refer to a childish vision, à la Melanie Klein, like cannibalism; in my collage it is a contact between two beings loaded with their own history and feelings.
Ce collage fait allusion aux peintures de Picasso traitant du même sujet. Chez moi, ce n'est pas un combat à langues-dagues comme chez le maître, c'est plutôt une réflexion sur ce qui est montré, exhibé et ce qui se passe à l'intérieur d'une personne. La langue est supposée rester dans la bouche et ne pas se montrer, sauf au médecin. Quand j'étais jeune garçon, j'ai essayé une fois ce genre de contact avec un autre garçon de ma classe devant tout le monde et on a trouvé cela vraiment dgoûtant... Certaines publicités très exhibitionnistes comme Guess et D&G jouent avec l'interdit pour le transgresser. Personnellement, cela me semble pas très érotique, plutôt porno soft. Il s'agit là d'une surexposition d'un acte intime. Mais l'essentiel, bien sûr, reste invisible et j'ai essayé de montrer cette opposition ou complémentarité. Chez Picasso, ce baiser me semble provenir d'une vision enfantine, à la Mélanie Klein, comme une dévoration; chez moi il s'agit d'un contact entre deux êtres chargés de leurs propres histoires et sentiments.