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Hanovre – Riga

15/09/19

  08:35:00, par   , 709 mots  
Catégories: Art, Photography, psychology

Hanovre – Riga

Collage 169/19

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Cela fait plus d’une année que je fais des recherches sur la déportation de ma grand-mère Dunia à Riga, le 15.12.1941 de Hanovre. J’ai lu des récits de survivants, consulté les sources disponibles, mais je me heurte à l’absence d’informations à partir de son arrivée le 18.12.1941 à Riga. On sait qu’elle est morte là-bas, sans doute à son arrivée ou un peu plus tard. Les personnes inaptes au travail étaient exécutées tout de suite dans l’une des forêts près de Riga d’où l’inspiration de mon collage. On m’avait dit, il y a longtemps, qu’elle avait été battue à mort par des Lettons, mais ce n’est pas sûr. Peut-être reste-t-il des traces là-bas ? Longtemps je m’étais juré de ne jamais mettre le pied en Lettonie, mais j’ai changé d’avis.

Pourquoi cette quête ?  Parce que mes parents étaient très discrets par rapport à cette période et que je n’ai pas tenté d’en savoir davantage. Sans doute valait-il mieux penser à refaire sa vie que de ressasser le passé après 1945. Ou peut-être par réflexe de survie, vu que la terreur venait tout juste de cesser. Et pour ma part, le silence de ma mère sur les persécutions subies ont fait que je n’ai eu véritablement conscience de ce qui s’était passé dans ma famille qu’à mon adolescence. Et pourtant je voyais chaque année ma tante Anja qui était revenue de Theresienstadt, mais elle n’en disait rien. Et moi, je ne lui demandais rien. C’est à cette époque que la découverte de la peinture a été le plus grand bouleversement dans ma vie et bientôt  je ne pensais plus qu’à partir de chez moi pour aller dans une école d’art.

C’est maintenant seulement que l’absence d’une histoire précise de mes parents et grands-parents me dérange. Grâce à mes recherches, j’ai pu éclaircir certains faits, mais les témoins directs n’existent malheureusement plus. Restent les lieux : ma ville natale que je vois comme une espèce de Sodome n’ayant pas subi la colère divine et qui a dû se pencher elle-même sur ses crimes et Riga, destination du convoi dont seuls sont revenus 69 sur les 1001 (Abgeschoben in den Tod, catalogue de l’exposition à Hanovre, 2011). Ne sachant rien sur Dunia, ne possédant aucune photo d’elle, ne connaissant même pas avec l’exactitude le lieu de son « enterrement » ni sa date, bien sûr, je lui ai rendu un dernier hommage là où elle est supposée avoir été enterrée : à Bikernieki. C’est un lieu très émouvant, à l’orée de la forêt, avec une foule de pierres dressées au centre desquelles se trouve une pierre noire portant des inscriptions en allemand, letton, russe et hébreu sur les quatre côtés : Ach Erde, bedecke mein Blut nicht! und mein Geschrei finde keine Ruhestätte! (Job 16 :18), citation qui m’a bouleversé.

Bikernieki

J’ai pensé au roman de J. Skibell : A Blessing on the Moon et à la longue pérégrination des morts. Plus tard, en lisant le récit d’ Elmar Rivosh : Memoirs et en revisitant celui de Hilde Sherman-Zander : Zwischen Tag und Dunkel : Mädchenjahre im Ghetto et de Hilde Schneider : Zwischen Riga und Locarno, j’ai pu mesurer l’immensité de l’horreur perpétrée. Il est vrai que les chiffres sont froids alors que le témoignage de survivants atteste de la cruauté des SS et de leurs comparses. Certaines scènes décrites sont si cruelles qu’on se demande comment des êtres humains ont pu être aussi pervers. Et je crois, qu’en effet, la terre n’a pas pu recouvrir le sang et que les cris ne trouvent point de lieu de repos. C’est un héritage tellement lourd à porter que je ne peux pas m’empêcher de plaindre les jeunes allemands qui sont innocents des crimes de leurs grands-parents. Pour conclure je dirai que ce qui s’est passé là n’a pas son pareil sur la terre, dans sa méthode et sa perversité et l’ adulation d’un peuple entier* d’un fou qui l’a conduit vers l’abîme. Ce voyage m'a remué  mais aussi apaisé, car j'ai pu mettre des images sur une histoire fantôme qui, de ce fait, a pris de la consistance et qui, je l'espère, s'est transformé en mémoire.

*des villes, des villages entiers ont offert au Führer à l’occasion de son anniversaire des agglomérations « purifiées » attestées par des panneaux à l’entrée de la localité. Photos à voir au Jüdisches Museum, Berlin.

Judenfrei

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