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  09:55:00 am, by   , 452 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography


A collage showing a forest à la Botticelli, with a cruel scene as in Onofrio, except that here we are in the north full of weariness, as in the attitude of the giant on the right who seems to be part of the scenery. The two characters searching the ground make me think, now as I write about, of the 2 soldiers playing dice under the cross. Indeed, the mutilated body at the top of the tree recalls the crucifixion. I conclude that the giant occupies the place of the evangelist in tears, which had not appeared to me during the making of the image. I have the impression that the characters are isolated from each other in this desolation and that the search for a nugget of gold in the ground is very ridiculous in the face of the disaster. They only transform the soil into a field of waste, to rip it out for a derisory gain. It is by seeing the gold diggers in Alaska and Australia with their giant excavators ravaging the landscape in search of a few grams of the precious metal that I told myself that decidedly there was no longer a place on earth sheltered from the destructive cupidity of man. But perhaps the little green spot under the giant's hand promises a modest resurrection, a victory of life over the destructive frenzy of some men.

 Au loin

Un collage montrant une forêt à la Botticelli, avec une scène cruelle comme dans Onofrio, sauf qu’ici on est dans le Nord plein de lassitude, comme dans l’attitude du géant à droite et qui semble désormais faire partie du décor. Les 2 personnages fouillant le sol me font penser, maintenant que j’écris, aux 2 soldats jouant aux dés sous la croix. En effet, le corps mutilé en haut de l’arbre rappelle la crucifixion. J’en conclus que le géant occupe la place de l’évangéliste en pleurs, ce qui ne m’était pas apparu pendant la confection de l’image. J’ai l’impression que les personnages sont isolés les uns des autres dans cette désolation et que la recherche d’une pépite d’or dans le sol est bien dérisoire face au désastre. Ils ne font que transformer le sol en champ de déchets, à l’éventrer pour un gain dérisoire. C’est en voyant les chercheurs d’or en Alaska et en Australie avec leurs excavatrices géantes qui ravagent le paysage à la recherche de quelques grammes du précieux métal que je me suis dit que décidément, il n’y avait plus un endroit sur terre à l’abri de la cupidité destructrice de l’homme. Mais peut-être que la petite tache verte sous la main du géant promet une résurrection modeste, une victoire de la vie sur la frénésie destructrice de certains hommes.


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  09:54:00 am, by   , 815 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography


These days, my collages oscillate between very close views and landscapes seen from afar. The very close view makes it possible to crack the space of the image, to put the spectator nose to nose with it, a little like Glumdalclitch in Swift’s tale. This proximity is different from a cinematographic close-up, because here the image is manipulable by the viewer who can distance it or bring it closer to his eyes. To escape a mere trompe l'oeil, I introduce spatial inconsistencies in the image, such as the relationship between the face and the hands, absence of body or head etc. For me, it results in a hallucinatory effect, as when I had high fevers.


Stumbling, collage 034/2017               On Sand, collage 035/2017   Résille, collage 031/2017


In landscapes, I also play with the scale of objects and characters to energize space, but I see it more like a traditional "landscape". Thus, during "Stumbling" arose the association with the Angelus of Millet or Van Gogh’s Sower, probably because of the great dark personage who holds the stretcher, except that in my picture it is falling or getting rid of its burden. In "On Sand," I see two heads at the same time when I look absent-mindedly at the center of the composition. Here, I think rather of the hallucinations à la Dali and the last, decried, paintings of De Chirico that I had the chance to see in Turin chez friends of my adolescence. But these ties are tenuous. They are is not a starting point of the kind: "Today I will make a variation on the Sower ..." These ideas arise during the assembly work, without changing the content of it. They resonates rather like a sympathetic string that starts to vibrate and whose chord with my composition I like.

Memories, things seen, are reactivated by composing images that have always been awakened dreams which do not resemble each other, with a few exceptions, and to find resonances in me. This may be the difference with my older collages where I was looking for an effect of surprise and fun as in a good gag. I no longer try to make myself smile, but to evoke, to make the image speak. This is what is happening in my photographic experiments. My shots often seemed pale compared to what I lived and felt, too mundane. I'm trying to bring them closer to my collage world and find the same sensations.



Ces jours, mes collages oscillent entre des vues très proches et des paysages vus de loin. La vue de très près permet de faire craquer l’espace de l’image, de mettre le spectateur nez à nez avec elle, un peu comme Glumdalclitch dans le conte de Swift. Cette proximité est différente d’un gros plan cinématographique, car ici l’image est manipulable par le spectateur qui peut l’éloigner ou la rapprocher de ses yeux. Pour échapper au trompe-l’œil, j’introduis des incohérences spatiales dans l’image, comme le rapport entre le visage et les mains, l’absence de corps ou de tête etc. Pour moi, il en résulte un effet hallucinatoire, comme lorsque j’avais de fortes fièvres.

Dans les paysages, je joue également avec l’échelle des objets et des personnages pour dynamiser l’espace, mais j’ai davantage l’impression d’un « paysage » traditionnel.  Ainsi, pendant « Stumbling » a surgi l’association avec l’Angélus de Millet ou le Semeur de Van Gogh, sans doute à cause du grand personnage sombre qui tient la civière, sauf que chez moi, il est en train de se casser la figure ou de se débarrasser de son fardeau. Dans « On Sand », je vois deux têtes en même temps quand je regarde distraitement le personnage au centre de la composition. Ici, je pense plutôt aux hallucinations daliniennes et aux dernières toiles décriées de De Chirico que j’ai eu la chance de voir chez des amis turinois de mon adolescence. Mais ces liens sont ténus. Il ne s’agit pas d’un point de départ du genre : « Aujourd’hui je vais faire une variation sur le Semeur… » Cette idée arrive pendant le travail d’assemblage, sans changer la teneur de celui-ci. Elle résonne plutôt comme une corde sympathique qui se met à vibrer et dont l’accord avec ma composition me plaît.

Souvenirs, choses vues, sont réactivés en composant des images qui sont depuis toujours des rêves éveillés dont le propre est de ne point se ressembler, à quelques exceptions près, de me surprendre chaque fois et de trouver des résonances en moi. C’est peut-être la différence avec mes collages plus anciens où j’étais à la recherche d’un effet de surprise et de d’amusement comme dans un bon gag. Je ne cherche plus à (me) faire sourire, mais à évoquer, à faire parler l’image.  C’est d’ailleurs ce qui se passe actuellement dans mes expériences photographiques.  Mes prises de vue m’ont souvent semblé pâles par rapport à ce que je vivais et sentais, trop banales. J’essaie actuellement de les rapprocher de mon univers de collage et à y trouver les mêmes sensations.

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  02:17:00 pm, by   , 408 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography

Way up


Another collage that arose I do not know how. This animal which climbs on the steps while turning into a dog, it leaves its wild condition to seek human affection. Is it an anticipated dependency, a quest for affection, an aspiration towards a beyond? Around this beast a lacerated world: I saw a lot of images of Alaska, no doubt it is a reminiscence. And a few hours later, the penny has dropped: Goya's dog!

Guido Ceronetti in A Handful of Appearances (1988) writes about Goya’s painting: ... Sand or water, volcano ashes, a dream void, in every expression of cosmic voracity, of the nameless abyss, where one is seized by the feet and pulled down, where one sinks endlessly, or who aspires and covers slowly, and draws from the throat the desperate invocation, the powerful cry of Psalm 130: De profundis clamavi ad te, Domine - that is where Goya placed his dog, ... the depths where we dwell.

My collage does not seem so dramatic: the expression of the dog is optimistic, I would say that it wants to achieve something, that it sees an opportunity. I think also of the song of Iggy Pop: A machine for loving which illustrates well this desire to love and to be loved.


Encore un collage qui a surgi je ne sais comment. Cette bête qui se hisse sur les marches tout en se transformant en chien quitte sa condition sauvage pour quérir l’humain. Est-ce une dépendance anticipée, une quête d’affection, une aspiration vers un au-delà ? Autour de cette bête, un monde lacéré : j’ai vu pas mal d’images de l’Alaska, sans doute est-ce là une réminiscence. Et quelques heures après, the penny has dropped :  le chien de Goya !

Voilà ce qu’en dit Guido Ceronetti dans Une poignée d’apparences (1988): …  Sable ou eau, cendres de volcan, vide onirique, en chaque expression de la voracité cosmique, de l’abîme sans nom, où l’on est saisi par les pieds et tiré en bas, où l’on s’enfonce sans fin, ou qui aspire et recouvre lentement, et tire de la gorge l’invocation désespérée, le cri puissant du psaume 130: De profundis clamavi ad te, Domine – c’est là que Goya a placé son chien, … les profondeurs où nous habitons.

Mon collage ne me semble pas si dramatique : l’expression du chien y est optimiste, je dirais qu’il veut réussir, qu’il en entrevoit la possibilité. Je pense aussi à la chanson d’Iggy Pop : A machine for loving qui illustre bien ce désir d’aimer et d’être aimé.

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  01:25:00 pm, by   , 1066 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography

In the eternal night without return

In the eternal night without return

This is the theme of my series of self-portraits. Except that I need light to take a photo ... It is therefore by superimposing my face on bits of my environment that I try to express it. I feel that with photography, I am closer to myself in respect to my attitude towards my aging. I feel that it has accelerated for some time now, making me lose my nice carefree spirit at least with regard to my state of health. Henceforth, I am alert, especially since the recent stents, scaring of my heart beats until the next test which I hope will reassure me. But I did not become hypochondriac, no, of course. Just a little more cautious.

Another idea comes to me in relation to this work: and if I tried to permeate my environment, like a fragrant trace on a tree, a grass, a rock? It would be funny if the object in question could see me in turn and keep track of it in his memory. But I dream. And I find comfort there, because I connect with the world that surrounds me and that I walk through regularly without always paying the attention to it which photography does.

It is at the same time a work of reconciliation with myself. By dint of photographing me, I discover a face that presents itself as a country at once familiar and mysterious and that invites to exploration. I have never scrutinized myself in such a way - no doubt because I felt obscurely that my face was what it was, that there was, in short, not much to see about. Or that it did not deserve such attention, an idea probably caused by narcissistic teenage wounds where I felt not "handsome". Here I am at an age where facial expression replaces the power to play the great seducer, where the skin becomes bark, recounting the passage of time and the aggressions of the climate. But this surface apparently frozen by a sneaky glaciation can still be animated and expressive. When there’s life ... That's why some self-portraits are sad, desperate or clownish. It is in death that everything is frozen - until then we can still enjoy ourselves a little, especially with the dazzling prospects of a biblical longevity.

What is fun about this is how a collage sheds light on my situation. This image illustrates a peaceful coexistence between peoples and beliefs. Of course, there are those who are attached to material things, like those who serve themselves (in the foreground on the left), but there are also those who keep the light. I feel a great peace watching this picture - despite ruptures and breaks, because everything seems suspended in a moment of harmony. I think of Isaiah 11: 6-9: The wolf will dwell with the lamb, the image of a world without violence, utopia of utopias but which awakens in me a nostalgic feeling. Can we imagine a reconciled world among peoples? No, of course. But one can sometimes feel a sense of harmony. And my photos try to create a harmonious bond between my own picture and my environment.



The Night

Dans la nuit éternelle sans retour

C’est bien le thème de ma série d’autoportraits. Sauf qu’il me faut de la lumière pour photographier… C’est donc en superposant mon visage à des morceaux de mon environnement que j’essaie de l’exprimer. J’ai l’impression qu’avec la photo, je suis au plus près de moi-même en ce qui concerne mon attitude envers mon vieillissement. J’ai l’impression que celui-ci s’accélère depuis quelque temps, me faisant perdre ma belle insouciance, du moins en ce qui concerne mon état de santé. Dorénavant, je suis en alerte, surtout depuis la pose récente de trois stents censés refaire la circulation dans mon artère coronaire. Depuis, me voilà guettant mes chamades cardiaques jusqu’au prochain test qui, je l’espère, me rassurera. Mais je ne suis pas devenu hypochondriaque, non, bien sûr. Juste un peu plus prudent.

Une autre idée me vient par rapport à ce travail : et si je tentais d’imprégner mon environnement, comme une trace odorante sur un arbre, une herbe, un rocher ? Ce serait drôle si l’objet en question pouvait me voir à son tour et en garder la trace dans sa mémoire. Mais je rêve. Et j’y trouve un réconfort, car je me relie au monde qui m’entoure et que je parcours régulièrement sans toujours y prêter l’attention à laquelle m’astreint la photo.

C’est en même temps un travail de réconciliation avec moi-même. A force de me photographier, je découvre un visage qui se présente comme une contrée à la fois familière et mystérieuse et qui invite à l’exploration. Je ne me suis jamais encore scruté de telle manière – sans doute parce que j’estimais obscurément que mon visage était ce qu’il était, qu’il n’y avait en somme pas grand-chose à y voir.  Ou encore, qu’il ne méritait pas une telle attention, idée sans doute causée par des blessures narcissiques adolescentes où je ne me trouvais pas « beau ». Me voilà arrivé à un âge où l’expression faciale remplace le pouvoir de jouer au grand séducteur, où la peau devient écorce, racontant le passage du temps et les agressions du climat. Mais cette surface apparemment figée par une glaciation sournoise peut cependant encore s’animer et exprimer quelque chose. Tant qu’il y a de la vie… Voilà pourquoi certains autoportraits sont tristes, désespérés ou clownesques. C’est dans la mort que tout se fige – jusque-là on peut s’amuser encore un peu, surtout avec les mirobolantes prospectives d’une longévité biblique.

Ce qui est amusant à ce propos, c’est comment un collage vient éclairer ma situation. Cette image illustre une coexistence paisible entre peuples et croyances. Bien sûr il y a ceux qui sont attachés aux choses matérielles, comme ceux qui se servent (au premier plan à gauche), mais il y a aussi ceux qui gardent la lumière. J’éprouve une grande paix en regardant cette image – malgré les ruptures, les cassures, parce que tout semble suspendu en un moment d’harmonie. Je pense à Esaïe 11, 6-9 où il est dit que le loup habitera avec l'agneau, image d’un monde sans violence, utopie des utopies, mais qui éveille en moi une certaine nostalgie. Peut-on imaginer un monde réconcilié entre les peuples ? Non, bien sûr. Mais on peut éprouver par moments un sentiment d’harmonie. Et mes photos tentent de créer un lien harmonieux entre mon image et mon environnement.

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  11:21:00 am, by   , 548 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography

Dialogue with a photo

In my previous text, I mentioned the difference between collage and photo and I propose to continue the discussion in the form of a dialogue between a photo and a collage having the same subject as a motif.

- I think your collage is much less successful than me, I feel like you're just repeating yourself.

- I find you very interesting, but from there to tell me that my collage is only ironing an old dish ...

- Yes, you see, your collage does not build space, it only sticks a subject on a background - that's not very modern, by the way. In my case, on the other hand, there is no subject in relation to the background.

- No doubt this is true for this collage, but this transparency goes hand in hand with a loss of solidity: the photo becomes ghostly, at the risk of resembling these double-exposed images by the spiritists of the early twentieth century. Who pretended to show ghosts.

"With me, the ghost is you. And is the dissolution in the great whole not your subject?

- That's true, but I also want this material anchoring of the collage. I do not just want to talk about myself, but also comment on current events, express ideas. I'm not sure you can offer me the same range of possibilities. But I will try to make you converge towards collage. And we will see if this gives satisfactory results. So, for now, you will have to cohabit and I hope that you’ll enrich each other in a fruitful dialogue, in a constant emulation.

- I am quite sure of proving my superiority in a striking manner."

                        Cry baby, cry, collage 002/2017

Dans mon précédent texte, j’ai évoqué la différence entre collage et photo et je me propose de poursuivre la discussion sous forme de dialogue entre une photo et un collage ayant le même sujet comme motif.

  • Je trouve que ton collage est bien moins réussi que moi, j’ai l’impression que tu ne fais que te répéter.
  • Je te trouve très intéressante, mais de là à me dire que mon collage ne fait que repasser un vieux plat…
  • Oui, tu vois, ton collage ne construit pas l’espace, il ne fait que plaquer un motif sur un fond – ce n’est pas très moderne, d’ailleurs. Chez moi, par contre, il n’y a pas de sujet par rapport au fond.
  • Sans doute est-ce vrai pour ce collage, mais cette transparence va de pair avec une perte de solidité : la photo devient fantomatique, au risque de ressembler à ces clichés à double exposition des spiritistes du début du XXe s. qui prétendaient faire voir des fantômes.
  • Chez moi, le fantôme, c’est toi. Et ton sujet n’est-il pas la dissolution dans le grand tout ?
  • C’est vrai, mais je tiens aussi à cet ancrage matériel du collage. Je ne veux pas seulement parler de moi, mais également commenter l’actualité, exprimer des idées. Je ne suis pas sûr que tu puisses m’offrir la même gamme de possibilités. Mais je vais essayer de te faire converger vers le collage. Et on verra si cela donne des résultats satisfaisants. Donc, pour l’instant, il vous faudra cohabiter et je formule souhait que vous vous enrichissiez mutuellement dans un dialogue fructueux, dans une émulation constante.
  • Je veux bien, étant certaine de prouver ma supériorité de manière éclatante.

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  11:44:00 am, by   , 555 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography



It is like a presentiment: these self-portraits mixed with the earth, the bark, the stone prefigure a return to the original clay, the undifferentiated. I did not consciously know that I was in danger of death, but my hidden artist manifested himself urgently, pressingly and repeatedly. Nevertheless, I had not grasped the meaning of these pictures.
Now I know.
Henceforth I am labeled a cardiac, whereas I imagined myself equipped with perfectly functional arteries.
Illusion of self, ignorance of the messages contained in my photos.
And now ?
I continue the series of photos, but the stake has changed, of course: there is no more urgency. I mark a pause to reflect: does the photo become the perfect sythesis of my work of collage to the point of substituting for it? No, because collage offers more extensive possibilities by bringing the images of the vast, changing world into a continuous stream. With the photo, I focus on myself and my close environment, it is as if I took a magnifying glass to better see what evades the usual vision. This brings me a new and more intimate way of approaching the work of creation.

It may be objected that these are only selfies, sacrificing to the general tendency to put oneself on the stage to exist by being visible. Yes, of course, but I do not seek to "produce" myself to be seen by others. I want to understand the incomprehensible: the slow degradation of myself, the descent into nothingness or rather the dissolution in the whole. Hence the very diverse images where my face disappears in a landscape, a manufactured object or a detail glimpsed during a walk.



C’est comme un pressentiment : ces auto-portraits mélangés à la terre, à l’écorce, à la pierre préfigurent un retour à la glaise originelle, à l’indifférencié. Je ne savais pas consciemment que j’étais en danger de mort, mais mon artiste caché s’est manifesté de manière urgente, pressante et répétée. Néanmoins, je n’avais pas saisi toute la signification de ces photos.

Maintenant, je sais.

Dorénavant je suis étiqueté cardiaque, alors que je m’imaginais doté d’artères parfaitement fonctionnelles.

Illusion de soi, ignorance des messages contenus dans mes photos.

Et maintenant ?

Je poursuis la série de photos, mais l’enjeu a changé, bien sûr : il n’y a plus urgence. Je marque un temps d’arrêt pour réfléchir : la photo devient-elle la sythèse parfaite de mon travail de collage au point de s’y substituer ?  Non, car le collage offre des possibiités plus étendues en apportant dans mon espace de travail restreint les images du  vaste monde changeant, en un flot continu. Avec la photo, je me focalise sur moi-même et mon environnement proche, c’est comme si je prenais une loupe pour mieux voir ce qui se dérobe à la vision habituelle. Cela m’apporte une nouvelle manière plus intime d’approcher le travail de création.


On pourrait objecter qu’il ne s’agit que de selfies, sacrifiant à la tendance générale à se mettre sur le devant la scène pour exister en étant visible. Oui, bien sûr, mais je ne recherhe pas à me « produire » pour être vu des autres. Je veux comprendre l’incompréhensible : la lente dégradation de moi-même,  la descente vers le néant ou plutôt la dissolution dans le tout. D’où les images très diverses où mon visage disparaît dans un paysage, un objet manufacturé ou un détail entrevu lors d’une promenade.

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  01:20:00 pm, by   , 738 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography

Photomontage: a new adventure

I’m on a series of self-portraits as photomontages. What interests me is being able to compose directly during the shooting. Thus I can superimpose different plans as I wish. Using the self-portrait as a guideline allows me to work on a phenomenon that I have been experiencing over the last few years: aging. It is like a return to the clay of which we are supposed to have emerged. This decomposition of my face presages an ultimate transformation that can assume many forms. I can even conceive through these images a kind of survival, numberless avatars. They may be pictures of modesty - I'm getting old, I'm going to become earth... or of pride: I'm going to survive, I'm in the center of creation, even if it's only a small square of soil. And I catch all kinds of expressions that I would probably never see without this subterfuge. Often the composition is made from a banal pattern that I photograph, then I turn the camera against me to take my face, estimating the inclination of the objective pointed at me.

However, the collage remains to me indispensable to comment on the world, to situate myself in acting on the images without any hindrance. Often my collages can cause uneasiness by the violence of the twists I inflict on the bodies, but the expression is at this price, I believe, and I am following in this my master Picasso.

My first tests date from November 2016, during a coaching of a student who was making double exposures with a Lomo. I wanted to try it out and my first trials impressed me to the point of adopting this technique. For a long time, I have picked up blurred reflections in windows, often of myself. Multiple exposure allows me to deepen this technique which is similar to collage: it is as if my collages were melting more, that the joints became less visible. As a result the image becomes more unified and the viewer has less recomposition work to do. As I also try other compositions at a glance it marks my return to the street! But above all, it is playful and spontaneous. There is no planning. Rather a red thread that goes from one shot to another.


Je commence une série d’autoportraits, sous forme de photomontages. Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir composer directement pendant la prise de vue. Je peux ainsi superposer différents plans à ma guise. Le fait d’utiliser l’autoportrait comme fil conducteur me permet de travailler sur un phénomène que je vis fortement depuis quelques années : le vieillissement. C’est comme un retour à la terre dont on est censé avoir émergé. Cette décomposition de mon visage présage une transformation ultime qui peut revêtir bien des formes.  Je peux même concevoir à travers ces images une sorte de survivance, des avatars sans nombre. Ce sont donc des images de modestie – je vieillis, je vais devenir terre… ou d’orgueil : je vais survivre, je suis au centre de la création, même s’il ne s’agit que d’un petit carré de sol. Et je capte toutes sortes d’expressions que je ne verrais sans doute jamais sans ce subterfuge. Souvent la composition se fait à partir d’un motif banal que je photographie, puis je retourne l’appareil contre moi pour prendre mon visage au jugé, en estimant l’inclinaison de l’objectif braqué sur moi.

Cependant, le collage me reste indispensable pour commenter le monde, de me situer dedans d’agir sur les images sans entrave aucune. Souvent mes collages peuvent susciter le malaise par la violence des torsions que j’inflige aux corps, mais l’expression est à ce prix je crois et je suis en cela mon maître Picasso.

Mes premiers essais datent de novembre 2016, d’un coaching d’une étudiante qui faisait des superpositions avec un Lomo. J’ai voulu essayer et mes premiers essais m’ont impressionné au point d’adopter ce procédé. Depuis longtemps, je capte des reflets, souvent de moi-même, qui se brouillent dans des vitres. L’exposition multiple m’a permis d’approfondir ce procédé qui s’apparente au collage : c’est comme si mes collages se fondaient davantage, que les jointures devenaient moins visibles. Du coup l’image devient plus unifiée et le spectateur a moins de travail de recomposition à faire.  Comme je tente aussi d’autres compositions au vol c’est le retour à la rue ! Mais avant tout, c’est ludique et spontané. Il n’y a pas de planification. Plutôt un fil rouge qui va d’une prise de vue à l’autre.

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  06:26:00 pm, by   , 897 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography


Looking at this collage again, a few days from its creation, I cannot refrain from making a connection with my mother. Indeed, her main concern seemed to present a perfect facade that was supposed to correspond to the current canons of her environment. Hence her terror of humidity that would make her hair curl, she would even force them into a hairnet to prevent them from betraying her exotic origin. Hiding behind an impeccable facade. Be undetectable. Was she not afraid that one of her friends could guess her origin as a pariah? Had not her own mother took the habit of hiding her yellow star under the back of her coat? Another aspect of this concern to succeed socially, to be like those of her environment is the fact that my father seems to have forced her to assume a role of social representation, not without her tears, according to their own statements. That means a double penalty. Already her own father was, as my half-sister told me, a real tyrant. Is happiness thus possible? Perhaps, but keeping a secret inner garden that grows out of sight. This, I think, has hardly been her case. And when she realized that I was going the opposite way from what her "life" was, she had to be worried, especially since her brother had been banned by her own father for being an actor, a painter and a communist. But she never told me. Thus I always imagined that she had a preference for my brother who, although being a rather difficult character, presented a smoother image in society, choosing the paternal path of business. In my own collages, the theme of the mask is recurring.


No doubt, because I never believed in the success of the maternal strategy. In any case, everybody "knew" her origins, curly hair or not. Assimilation was based on a lie - on both sides. For her, it was to disappear behind a mask, to act in a play. And the context has pulled it off and stigmatized her for her origins. It was only on the eve of her death that she told me that what she had loved above all, when she was young, was drawing. But, as I have written elsewhere, she never hung up any work of mine in her house - undoubtedly too personal in comparison with the engravings of Redouté roses which adorned the walls. Now, in hindsight, I have the impression that she was essentially a victim of her time and her bourgeois milieu, and even of her marriage, in which the sensitivity and timid aspirations of a young Jewish woman weren’t encouraged.



En regardant ce collage une nouvelle fois, à quelques jours de sa création, je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec ma mère. En effet, sa préoccupation principale semblait avoir été de présenter une façade parfaite qui était censée correspondre aux canons en vigueur de son milieu. D’où sa terreur de l’humidité qui faisait friser ses cheveux, allant jusqu’à les forcer dans un filet pour les empêcher de trahir son origine exotique. Se cacher derrière une façade impeccable. Etre indétectable. N’avait-elle pas peur qu’une de ses amies puisse deviner son origine de paria ? Sa propre mère n’avait-elle pas pour habitude de cacher son étoile jaune sous le revers de son manteau ? Un autre aspect de ce souci de réussir socialement, d’être comme celles de son milieu est le fait que mon père semble l’avoir forcée à assumer un rôle de représentation sociale, non sans pleurs, selon leurs propres dires à eux deux. C’est la double peine en sorte. Déjà son propre père était, selon ma demi-sœur un véritable tyran. Le bonheur est-il possible ainsi ? Peut-être, mais en gardant un jardin intérieur secret qu’on cultive à l’abri des regards. Or cela n’a guère été son cas, il me semble. Et quand elle s’est aperçue que je prenais le chemin inverse de ce qu’était sa « vie », elle a dû être inquiète, d’autant plus que son propre frère avait été banni par son propre père pour avoir été acteur, peintre et communiste. Mais elle ne me l’a jamais dit. Du coup, je me suis toujours imaginé qu’elle avait une préférence pour mon frère qui, bien qu’étant plutôt caractériel, présentait une image plus lisse en société, choisissant la voie paternelle des affaires. Dans mes propres collages, le thème du masque est récurrent.


Sans doute, parce que je n’ai jamais cru à la réussite de la stratégie maternelle. De toute façon, tout le monde « savait » quelles étaient ses origines, cheveux frisés ou pas. L’assimilation était basée sur un mensonge – de part et d’autre. Chez elle, c’était de disparaître derrière un masque, de jouer dans une pièce de théâtre. Et le contexte lui a ôté celui-ci et l’a stigmatisée pour ses origines. Ce n’est qu’à la veille de sa mort qu’elle m’a confié que ce qu’elle avait aimé par-dessus tout, jadis, quand elle était jeune, c’était le dessin. Mais, comme je l’ai écrit ailleurs, jamais elle n’a accroché la moindre œuvre à moi chez elle – trop personnel sans doute par rapport aux gravures de roses Redouté qui ornaient les murs chez nous. Maintenant, avec le recul, j’ai l’impression qu’elle a été essentiellement victime de son époque et de son milieu bourgeois, voire de son mariage où la sensibilité et les aspirations timides d’une jeune femme juive ne trouvaient guère d’encouragements.



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  11:08:00 am, by   , 548 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography

The clown

Cette nuit, j’ai compris tout d’un coup qu’il y avait un lien entre mon selfie et ce collage : le clown. En effet, depuis toujours, je m’amuse à faire des autoportraits clownesques, car je sais bien qu’il s’agit de masques. La photo est venue lors d’une projection vidéo dans mon workshop : je me suis glissé entre le beamer et l’écran et ai cherché à placer le rond sur mon œil. Ce dernier est mon outil de création outre sa fonction de rapport au monde. Quant aux couleurs, mes premiers tableaux, à l’âge de 15 ans, ont été des visages moitié rouges moitié turquoise. Et mon polo m’a été offert par mes collègues à l’occasion de ma retraite, car ils m’avaient imaginé comme un artiste bariolé. D’autres éléments de la photo pourraient faire penser à un esprit vif, à une kippa, à la maladie et Dieu sait quoi d’autre. Le collage présente les mêmes couleurs primaires, avec une tête de clown et un habit chamarré, me faisant penser à un général napoléonien. C’est un visage hybride, plus énigmatique que le mien, mais l’attitude dénote un certain pouvoir. Et je me suis dit cette nuit que j’étais peut-être un dictateur, oui, mais fragile. Il n’y a qu’à regarder le visage et les jambes. Et ma « monture » semble s’en désintéresser au plus haut point. Ou est-ce qu’elle se lamente devant tant de prétention ?  Voilà ce que ce collage semble me dire, alors que j’ai pensé tout d’abord à une représentation de Trump et à son rapport aux femmes. En regardant mon selfie une nouvelle fois, je me dis que je suis un drôle de type, et que c’est par l’humour que j’arrive à mieux voir en moi.



This night, I realized suddenly that there was a link between my selfie and my collage: the clown. Since always, I have fun doing clownish self-portraits because I know well that these are mere masks. The picture came during a video projection in my workshop: I slipped between the projector and the screen and have sought to place the ring on my eye which is my creation tool besides being the tool for my relationship with the outside world. As for the colors, my first paintings at the age of 15 years were faces which were half red half turquoise. And my polo was offered to me by my colleagues on the occasion of my retirement as they had imagined me as a colorful artist. Other elements of the picture might suggest a quick mind, a kippa, sickness and God knows what else. The collage has the same primary colors with a clown's head and a laced coat, making me think of a Napoleonic general. It is a hybrid face, more enigmatic than mine, but the attitude denotes a certain power. And I said to myself that night that I was perhaps a dictator, yes, but a fragile one. One has only to look at the face and legs. And my "horse" seems uninterested in the highest degree. Or does she lament before such claim? That's what this collage seems to tell me, when I first thought about a representation of Trump and his relationship to women. Looking at my selfie again, I think I'm a funny guy, and that I can better see myself through humor.

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  09:23:00 am, by   , 835 words  
Categories: Art, Collage, Painting, Photography


En fait mes plus anciens souvenirs sont extrêmement vagues. De notre séjour à E. je ne me souviens que du fait qu’on était logés sous le toit, mon frère et moi, et que mon lit se trouvait près de la porte, à côté du poêle. Je me souviens du jardin, du grand terrain vide et du restaurant au milieu du village. Peu d’autres souvenirs à part ceux que j’ai déjà évoqué auparavant : les avions, l’attaque nocturne, la ruée vers l’abri quand une bombe a éclaté pendant le repas dominical au restaurant du village. Avais-je le droit d’aller dans cet abri ? Normalement, ils étaient interdits aux Juifs. Je ne sais pas et je ne sais plus si j’y suis allé, sauf que le fait de ne pas aimer être cantonné dans un sous-sol me laisse supposer que j’ai dû y aller plus d’une fois. Les témoins que je pourrais interroger sont malheureusement morts. Même de ma vie dans le grand appartement à Hanovre, dès 1945, j’ai peu de souvenirs précis autres que les lieux et certaines situations.

J’en conclus que j’ai vécu mon enfance comme dans un rêve, que j’étais davantage tourné vers mon intérieur que vers ce qui m’entourait. Et même mon adolescence me paraît assez brumeuse au point de ne plus guère me souvenir des noms de mes camarades de classe, un peu comme si je voyais alors le monde dans un faisceau de lumière étroit qui laissait bien des choses sans l’ombre.  Et je ne me rappelle non plus mes rêveries. Par contre, je sais que je dévorais les livres et que j’étais capable de faire des nuits blanches pour les finir.

Ce collage est une tentative de recréer l’ambiance qui pouvait régner quand je devais faire la sieste (obligatoire) ou durant une bonne crève accompagnée de vraie ou prétendue fièvre. Il est vrai que je chérissais ces moments où mon esprit pouvait divaguer sans être dérangé par un adulte. Car le monde alentour était peu rassurant et les enfants (y compris mon frère) souvent cruels avec moi.  A l’adolescence, je ne craignais plus le monde, je m’intéressais à beaucoup de choses, mais l’école ressemblait toujours à une prison dont les profs étaient les garde-chiourmes et mes compagnons d’infortune une masse relativement indifférenciée dont émergeaient quelques amis. Voilà pourquoi elle n’a pas d’importance dans mon curriculum, à la différence d’autres personnes qui l’ont vécue comme stimulante et enrichissante. On voit bien dans cette image combien le monde pouvait être menaçant et que le lit constituait un refuge tout relatif bien que relié au plaisir sexuel naissant.

In fact my earliest memories are extremely vague. From our stay in E. I only remember that we were housed under the roof, my brother and I, and my bed was near to the door, next to the stove. I remember the garden, the large empty lot and the restaurant in the village. Few other memories to share except those I have already mentioned before: airplanes, night attack, the rush to the shelter when a bomb exploded during dinner one sunday at the village restaurant. Did I have the right to stay in this shelter? Normally, they were forbidden to Jews. I do not know and I do not know if I was there, except the fact of not liking to be confined to a basement suggests to me that I had to go there more than once. Witnesses whom may I ask are unfortunately dead. Even of my life in the large apartment in Hanover from 1945 on, I have few memories other than specific places and situations.

I conclude that I spent my childhood in a dream, I was more focused on my inner world than to my surroundings. Even my teenage seems rather hazy as I can hardly remember the names of my classmates, as if I then saw the world in a narrow beam of light that left many things in the dark. And I do not remember my daydreams either. For cons, I know that I devoured the books and I spent sleepless nights to get to the last page.


This collage is an attempt to recreate the atmosphere that could rule when I had to take a nap (required) or a good flue accompanied by real or alleged fever. It is true that I cherished those moments when my mind could wander without being disturbed by an adult. Because the world around was not very reassuring and children (including my brother) often cruel to me. As a teenager, I no longer feared the world, I was interested in many things, but the school still looked like a prison whose teachers were watchdogs and my companions in misfortune a relatively undifferentiated mass from which emerged some friends. That's why it does not matter in my curriculum, unlike other people who lived it as challenging and rewarding. We can see in this image how the world could be threatening and how the bed was an all relative refuge though connected to the nascent sexual pleasure.

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Blog on art, centered on collage. It is meant as a sort of logbook of my creative work.


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