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Reading Aharon Appelfeld (Story of a Life) I was impressed enough to make some “black” collages. What is described in this story is so strong, so dark that it reminds me of a very ugly tale. Looking back at my own childhood, I realize how much I was protected, the horrors of that time coming to my conscience but in a diffuse form. I do not think I could have survived in the forest, alone, without my parents, like A. It is true that I was born 10 years after him and I was a baby then. My own way were the images, the imagination. And I realize now how it is haunted by cruelty. Today, one tries to relegate such images out of childhood, but I think it is a fundamental experience to see violence and lying around.
Now that I read the book G.Haddad: Lumières des astres éteints, I am shocked to learn that the scars of persecution are transmitted beyond words. It is true that my friend A.Matrat speaks about it extensively in his book Un corps ou les sept merveilles - Soleditions - Lyon – 2009 (http://www.uncorps7merveilles.fr), but it's the case studies that really touched me, especially the little boy who cries fire without "knowing" that his family is concerned by the Holocaust, showing a non-verbal and insidious transmission - the author speaks of nuclear radiation. I think of my mother, what she had to endure wearing the yellow star, of my grandmother beaten to death by Latvians in Riga, to my aunt who had returned from Theresienstadt, broken, sick, not wanting to cross the border from Holland to Germany where we were living and I did not make anything out of it except that she was way too plaintive. I still feel the shame today. Because I did not know how to speak to her as a human being, question her tactfully, in brief partake of her pain. I was between 10 to 15 years if I remember correctly.
My black collages are to be seen as haunted by conscious or unconscious memories, with a touch of humor and irony, of course, to avoid falling into tragedy and nightmare. For I am not infected with the past, fortunately, it does not stop me from living and creating, it's right there between the lines, arising from time to time in the course of collages.
At the process level, I try disruptive assemblies, at the limit of consistency, with a heavy black / white predominance and deformations. The latter illustrate the deviation from a pattern of a harmonious body (golden ratio, symmetry), which is essential for good self-image - as a glue that holds everything together. My creative process involves breaking the image while maintaining it whole, while maintaining a semblance of beauty.
It is this aspect that is particularly well seen by Cecil Touchon of the International Museum of Collage, Assemblage and Construction (collagemuseum.com) I publish on my site his introduction to my work with his permission. I take this opportunity to thank him for his interest in my work and his precious support. His museum will host a fair amount of my original collages for preservation.

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NOIR
La lecture d’Aharon Appelfeld (Histoire d’une Vie) m’a impressionné au point de faire quelques collages « noirs ». Ce qui est décrit dans ce récit est tellement fort, tellement sombre que cela me fait penser à un très vilain conte. A considérer ma propre enfance, je réalise à quel point j’ai été protégé, les horreurs de l’époque ne parvenant que sous forme diffuse à ma conscience. Je ne pense pas que j’aurais pu survivre dans la forêt, seul, sans mes parents, comme A. Il est vrai que je suis né 10 ans après lui et que j’étais un bébé à cette époque. Mon mode à moi, ce furent les images, l’imaginaire. Et je me rends compte aujourd’hui combien il est hanté par la cruauté. Aujourd’hui, on tente de reléguer ce genre d’images hors de l’enfance, mais je pense qu’il s’agit d’une expérience fondamentale que de constater la violence et le mensonge autour de soi.
Lisant maintenant le livre de G.Haddad : Lumières des astres éteints, je suis bouleversé d’apprendre que les séquelles de cette persécution se transmettent au-delà des mots. Il est vrai que mon ami A.Matrat en parle abondamment dans son ouvrage Un corps ou les sept merveilles - Soleditions - Lyon – 2009 (http://www.uncorps7merveilles.fr)>), mais c’est les cas concrets qui m’ont vraiment touché, notamment le cas du petit garçon qui crie au feu sans rien « savoir » que sa famille est concernée par la shoah, montrant ainsi une transmission non-verbale et insidieuse – l’auteur parle d’une radiation nucléaire. Je repense à ma mère, à ce qu’elle a dû endurer en portant l’étoile, à ma grand-mère battue à mort par des Lettons à Riga, à ma tante qui était revenue de Theresienstadt, cassée, maladive, ne voulant plus passer la frontière de la Hollande vers l’Allemagne où nous vivions et moi n’en comprenant rien, la trouvant trop plaintive. J’en éprouve encore de la honte aujourd’hui. Car je n’ai pas su lui parler en être humain, l’interroger avec tact, bref prendre part à sa douleur. J’avais entre 10 à 15 ans si je m’en souviens bien.
Mes collages noirs est donc à voir comme hantée par le souvenir conscient ou inconscient, avec un zeste d’humour et d’ironie bien sûr, pour ne pas tomber dans la tragédie et le cauchemar. Car je ne suis pas infecté par ce passé, heureusement, il ne m’empêche pas de vivre et de créer, il est juste là en filigrane, surgissant de temps à autre dans le fil des collages.
Au niveau du procédé, je tente des assemblages disruptifs, à la limite de la cohérence, avec une dominance noir/blanc et des déformations. Ces dernières illustrent bien la déviance par rapport à un schéma harmonieux des corps (nombre d’or, symétrie), qui est indispensable à une bonne image de soi – à la manière d’une colle qui tiendrait tout ensemble. Chez moi, mon procédé consiste à briser l’image tout en la maintenant entière, tout en maintenant un semblant de beauté.
C’est cet aspect qui a été particulièrement bien vu par Cecil Touchon de l’ International Museum of Collage, Assemblage and Construction (collagemuseum.com) dont je publie le texte sur mon site avec sa permission. Je profite de l’occasion pour le remercier de son intérêt pour mon travail et son soutien si précieux. C’est vers son musée qu’iront quantité de mes collages originaux pour y être conservés.

What shall one teach in a course in collage? Often, the technique is taught at the level of cut, glue and support. Yes, but that does not make the work more beautiful.
In my opinion, it is the assemblage technique that should be taught.
Called in a rehabilitation center, I gave a half-day collage workshop to two classes making collage regularly. The first group consisted of middle-aged adults and the other young adults, so that I could adapt different strategies and vary my teaching. I showed them what I was doing and asked them to make a collage on a chosen picture, like me, then to transform it. The problem is always the same: the result does not "stick" with intent. Or the process is too simplistic. Or the various elements do not fuse into one image. And that's the common critic of collages that clarifies all this with concrete examples. Of course, this may disillusion some the author of a collage, but in general, he knows in the depths of himself and I was thanked for my honesty by one of the young adults. The same happens also with a young student who is preparing her portfolio for admission to Art Schools and whom I coach.
Returning to my collage course, I found that 1) I was delighted to teach and 2) that I knew how to do it now. Maybe I can find more occasions to do so, even though my age is perhaps a handicap (?).
Enseigner le collage.
Que faut-il enseigner dans un cours de collage ? Souvent, on enseigne la technique au niveau de la découpe, de la colle et du support. Certes, mais cela ne rend pas l’œuvre plus belle.
A mon avis, c’est la technique d’assemblage qu’il faut enseigner.
Appelé dans un centre de réinsertion, j’ai donné une demi-journée de cours de collage à deux classes faisant du collage régulièrement. Le premier groupe était composé d’adultes d’âge moyen et l’autre de jeunes adultes, de sorte que j’ai pu adapter des stratégies différentes. Je leur ai montré ce que je faisais et leur ai demandé de faire un collage sur une photo choisie, comme moi, puis de la transformer. Le problème rencontré est toujours le même : le résultat ne « colle » pas avec l’intention. Ou le procédé est trop simpliste. Ou bien les différents éléments ne fusionnent pas en une image. Et c’est la critique en groupe des collages réalisés qui permet de clarifier tout cela, avec des exemples concrets. Evidemment, cela peut désillusionner un peu l’auteur d’un collage, mais en général, celui -ci le sait bien au fond de lui-même et j’ai été remercié pour ma franchise par l’un des jeunes adultes. La même chose se passe d’ailleurs avec une jeune étudiante qui prépare son dossier d’admission aux Ecoles d’Art et que je coache.
Revenant de mes cours de collage, j’ai constaté que 1) j’ai été ravi d’enseigner et 2) que savais comment le faire dorénavant. A voir, même si mon âge avancé constitue peut-être un handicap ( ?).
Preparing a presentation in front of my work to a group of people, I wonder about my record. Since my choice of concentrating on collage, in 1999, I produced more than 3000 collages, all published on my website. The ritual question that arises is: What changes do you see over the years? In fact, there is not much. Everything is already there in 1999/2000: the themes and the manner. Strictly speaking, I would say that my latest collages are more graphical and easier to read, I try to get to the point. And I use more torn paper. But it is not clear as to say that I made a change. No, rather that it is more refined. And that certain themes are more present than before, like the death eg. (42, 385, 443.1799, 1949,235,269,285 / 2010 and 15/2012). But it is also due to my age, my physical and mental state, not to fundamental discoveries in the collage technique. So I would say that since 1999, I embroider around my themes with my usual technique: cutting, brutal assembly, disrupted, humor, irony, emotion, but more incisive.
Let’s verify. Consider the collage 385, 2003, Deadly dressed

and 15/2012, 12.1.2001: Kiss Me Deadly

Here the comparison is easy, because there is more manipulation in 2012 and more dramatically staged, while that of 2003 is playing in the register of irony, by turning the ad into a memento mori. The more recent collage plays on several registers at once. It opposes nudity to clothed, small to large, white to black, and the completed to the defeated. The irony is also present, but as a reversal of the traditional imaging (Baldung Grien, Memling), showing death as a victim.
A collage of 2000 also appears complex

But this is more of a cinema-like montage with multiple screens coexisting in the same image, displaying different angles of the same scene, pushing the image to its collapse, while in the 2012 , research is more in the development of the topic, even if it seems less innovative. But a collage of 2010, entitled: Kiss Me Deadly
has the same structure imo, proving that I continue to be interested in exploded images.
Obviously, in my presentation, I will not get into this exegesis. But it allowed me to see that beyond the themes, there are changes in assembly techniques, although the basic principles of my collages have not fundamentally changed since 1999.
Comparaison de collages
Devant faire un exposé sur mes œuvres devant un groupe de personnes, je m’interroge sur mon bilan. Depuis mon choix de privilégier le collage, en 1999, j’ai produit plus de 3000 collages, tous publiés sur mon site. La question rituelle qui se pose est donc : Quelle évolution peut-on apercevoir au cours de ces années ? En fait, il n’y en a guère. Tout est là en 1999/2000 déjà : les thèmes et la manière. A la rigueur, je dirais que mes derniers collages sont plus graphiques et plus lisibles, j’essaie d’aller à l’essentiel. Et que j’utilise davantage le papier déchiré. Mais cela n’est pas évident au point de dire que j’ai fait une évolution. Non, plutôt que cela s’affine. Et que certains thèmes y sont plus présents qu’auparavant, comme celui de la mort par ex. (collages 42, 385, 443,1799, 1949,235,269,285/2010 et 15/2012). Mais c’est dû aussi à mon vieillissement, à mon état physique et mental, et non pas à des découvertes fondamentales dans la technique du collage. Je dirais donc que depuis 1999, je brode autour de mes thèmes avec ma technique habituelle : découpe brutale, assemblage gauchi, humour, ironie, émotion, mais de manière plus incisive.
Vérifions. Prenons le collage 385, de 2003, Deadly dressed
et le 15/2012 du 12.1.2001 : Kiss me deadly
Ici la comparaison est facile, car il y a davantage de manipulation dans celui de 2012 et une mise en scène plus dramatique, alors que celui de 2003 joue dans le registre de l’ironie, en détournant la pub vers un memento mori. Le collage le plus récent joue sur plusieurs registres à la fois. Il oppose la nudité à l’habillé, le petit au grand, le blanc au noir, le fait et le défait. L’ironie y est également présente, mais sous forme de renversement de l’imagerie traditionnelle (Baldung, Memlinc), en montrant la mort sous forme de victime.
Un collage de 2000 semble aussi complexe : The Innocent Criminals
Mais il s’agit ici plutôt d’un montage comme au cinéma, avec plusieurs écrans coexistant dans la même image, donnant à voir des angles différents d’une même scène, poussant l’image vers son éclatement, alors que dans celui de 2012, la recherche se fait davantage dans l’approfondissement du thème, quitte à paraître moins novatrice.
Mais un collage de 2010, intitulé : Kiss me deadly présente la même structure à mes yeux, prouvant que je continue à m’intéresser à l’image éclatée.
Evidemment, dans mon exposé, je ne vais pas me lancer dans une telle exégèse. Mais elle m’a permis de voir qu’au-delà des thèmes récurrents, il y a évolution des techniques d’assemblages, même si les principes de base de mes collages n’ont fondamentalement pas changé depuis 1999.
I do not know what got into me at the end of the year, but I felt compelled to reach 500 collages in 2011. My original goal was more modest, about a collage a day. I tried to keep this pace up for the days "lost" for a holiday etc. by doubling the number of collages in the days that followed. To my amazement, I did not get out of inspiration, while in 2010 some doubts tapped me. In 2011, no hesitations, questions, as to baptise the facebook page berni's collage machine, stating that the machine never stopped. Even during the 10 days stay in Paris at the end of the year, I sat down every morning for a collage session - except January 1st of course. With this constant rate, the creation took place almost naturally and without great interrogations. Is this the state of grace? My collages are they now more superficial? I do not think so. I just let go the play of associations and forms, without asking questions. One episode illustrates what I just wrote: making greeting cards for Christmas. Taking very elongated greeting cards representing boats of Lake Geneva, I began to transform them in a frenzy that lasted about an hour. And the result pleased me, despite some less successful cards: 15 different small collages - abstract or figurative, sort of exercises in style.
So the word freedom is the one I would I apply to 2011. And I hope to continue this in 2012.

Rétrospective 2011
Je ne sais ce qui m’a pris vers la fin de l’année, mais je me suis senti obligé d’arriver à 500 collages en 2011. Mon objectif initial était bien plus modeste, à peu près un collage par jour. J’ai essayé de tenir ce rythme, rattrapant les jours « perdus » par des vacances etc. en doublant le nombre de collages dans les jours qui suivaient. A mon grand étonnement, je n’ai pas eu de panne d’inspiration, alors qu’en 2010 des doutes m’avaient parfois taraudé. En 2011, point d’hésitations, d’interrogations, au point de baptiser le site facebook berni’s collage machine, en précisant que la machine ne s’arrêtait jamais. Même durant la semaine passée à Paris en cette fin d’année, je me suis assis tous les matins pour une séance de collage – à l’exception 1er janvier bien sûr. Avec ce rythme constant, la création s’est faite presque naturellement et sans grandes interrogations. Est-ce l’état de grâce ? Mes collages en sont-ils devenus plus superficiels ? Je ne crois pas. Je me suis juste laisser aller au jeu des associations et des formes, sans me poser de questions. Un épisode illustre bien ce que je viens d’écrire : la fabrication de cartes de vœux pour Noël. Prenant des cartes très allongées représentant des bateaux du Lac Léman, je me suis mis à les transformer dans une frénésie qui a duré une heure environ. Et le résultat m’a enchanté, malgré quelques cartes moins réussies : 15 petits collages variés – abstraits ou figuratifs, comme des exercices de style.
C’est donc le mot liberté que je retiens pour 2011. Et j’espère bien continuer dans cette voie en 2012.
Today, horizontally in the dentist's chair and lying flat, I imagined death, being in a coffin. The hands on the side, still on the narrow recliner. Perhaps it came to me because of the situation: there is indeed always something sad when you must resolve to see the inexorable wear of teeth, one of the most solid part of our bodies.
So I made a Surrealist collage, a mix between Dali and Magritte and the film In Time (Time out). It is very simple as composition: From Dali head and arms, from Magritte the idea to combine the front view with the view from behind, the rest having been gleaned from a magazine.
What does he tell us, this collage? That it is difficult to work on time or our time of life. Scientists are still groping to understand the mechanism. However, the result is clearly visible - it is the dial.
Looking at it, I feel melancholy, perhaps because the figurative "classic" painting is now so far in the past that it seems to vanish (the head), and what becomes hyper visible is the label that is printed on our bodies.
During the making of this collage, I wanted to put an arm instead of a needle, but I definitely prefer the current arrangement, with the hands behind, groping desperately to repair the invisible mechanism.
Le Temps
Aujourd’hui, à l’horizontale dans le fauteuil du dentiste et allongé à plat, je me suis imaginé mort, couché dans un cercueil. Les mains sur le côté, immobile sur l’étroite couche. Peut-être que cela m’est venu du fait de la situation : il y a en effet toujours quelque chose d’attristant lorsqu’on doit se résoudre à constater l’inexorable usure de ses dents, l’une des parties les plus solides de notre corps.
Du coup j’ai fait un collage surréaliste, un mix entre Dali et Magritte et le film Time Out. Il est très simple de fabrication comme de composition : de Dali la tête et les bras, de Magritte l’idée de combiner la vue de devant avec celle de derrière, le reste ayant été grappillé dans un magazine. Que nous dit-il, ce collage ? Qu’il est malaisé d’intervenir sur le temps, ou notre temps de vie. Les scientifiques tâtonnent encore pour comprendre le mécanisme. Pourtant, le résultat est bien visible – c’est le cadran.
A le regarder, j’éprouve de la mélancolie, peut-être aussi parce que la peinture figurative « classique » se situe maintenant si loin dans le passé qu’elle semble s’évanouir (la tête), et que ce qui devient hyper visible, c’est le label qui s’imprime sur nos corps.
En cours de collage, j’ai voulu mettre un bras à la place d’une des aiguilles, mais je préfère décidément l’arrangement actuel, avec des mains derrière le dos tâtonnant désespérément pour réparer le mécanisme invisible.
What amused me in this collage is to illustrate the Western fantasy of abused women, killed by a barbaric Oriental. I used a detail from Delacroix's famous painting "The Death of Sardanapalus" found in the Louvre in Paris to update it by a more contemporary victim.The presence of the photographer is softening the murder by placing it on a fictional level, what it was anyway, since it is a biblical story. I think the West has a very Manichean vision of the other, even if it’s true that the place of women is not the most enviable in patriarchal societies. But browsing through the various facts of Swiss and French newspapers, there are many murderous episodes and that almost daily . Except that Western society condemns these acts now, while in some countries governed by Sharia eg., it is not the case (see the recent trial forcing a young Afghan woman who was raped to marry her rapist!).
That's the setting. As to the form, I tried to marry (!) black and white and color, which could be interpreted as the colorless past played by the killer in connection with the colorful present (the victim), using a hand as a "connector". I also played on the perspective, by distortiopn, the trick is to keep everything on a likely plane. For me, this game creates an oscillation of the characters from the background, an effect that I ever wanted in my creations.
So how do you feel?
As if I was wearing a camisole. You’ve made a complete mess of me!
I found that the curve of your back continues so well in the shirt ...
Shirt? It's as if I wore a dress of baby. Apart from my shoulders, it does nothing. We are in November, I remind you!
Sorry. I'll turn the heating up.
It’s useless. I cannot stand the gnome who squats my head! Plus he mocks me.
?????
Yes, with his cigarette stuck in his mouth. I hate smoke. Besides, it's bad for my health.
It's true that you look anxious. But do not worry; after all you're just a collage.
I’m the collage. And you, you give a damn. You think already about what you’ll glue next.
No, I assure you. I think you're so beautiful!
And you put me in a black box in the dark, beautiful proof of love! I am sure that deep down you do not like my black mug!
On the contrary, and precisely because it expresses anguish and helplessness. Despite your beautiful muscles, I found it touching.
And tomorrow won’t think about me anymore! You'll go paste elsewhere, as usual. Go, leave me alone! Put me in my box.
No matter that you rest in a box because your double flickers on lots of screens. Isn’t this eternity?
Discussion avec un collage
Alors, comment te sens-tu ?
Comme si je portais une camisole. Tu ne m’as pas loupé.
Je trouvais que la courbe de ton dos se prolongeait si bien dans le vêtement…
Vêtement ? C’est comme si je portais un habit de bébé. A part mes épaules, il ne couvre rien. On est en novembre, je te signale !
Désolé. Je vais monter le chauffage.
Cela ne sert à rien. Je ne supporte pas ce gnome qui squatte ma tête ! Et en plus il me nargue.
?????
Oui, avec sa clope au bec. Moi qui ai horreur de la fumée. D’ailleurs, c’est mauvais pour ma santé.
C’est vrai que tu as l’air angoissé. Mais ne t’en fais pas, après tout tu n’es qu’un collage.
Le collage, c’est moi. Toi tu t’en fous. Tu penses déjà au prochain que tu vas faire.
Mais non, je t’assure. Je te trouve tellement beau !
Et tu me mets dans une boîte noire, dans le noir, belle preuve d’amour ! Je suis sûr qu’au fond de toi tu ne l’aimes pas, ma gueule noire !
Mais si, et justement parce qu’elle exprime de l’angoisse, et de l’impuissance. Malgré tes beaux muscles, je te trouve touchant.
Et demain, tu n’y penseras plus ! Tu iras coller ailleurs, comme d’habitude. Allez, fiche-moi la paix ! Mets-moi dans ma boîte.
Qu’importe que tu reposes dans une boîte puisque ton double scintille sur des tas d’écrans. N’est-ce pas cela, l’éternité ?
This collage started with the head of the woman with a body in the way of the German expressionist sculptor Barlach. I left it like that for one day, then I started to transform it, first in the details of hair, then by acting on the body, giving it a real physical presence. And suddenly, the boy added himself to the image. Originally, he was laughing in the ad, but as we well know, it is the context that gives meaning. Here, then, he cries. Why? I wonder. My own mother kept a great distance vis-à-vis her children, I can only imagine such physical proximity or even the experience of true anger towards her. This image is fantasy. After placing the child, I tried to create a 3-D effect with the body and face of the mother at risk of breaking the image. This is an interesting avenue to pursue, I think.
The trip to Singapore showed me how Chinese artists were uninhibited compared to the chapels of contemporary art. In Geneva, there is indeed a museum of contemporary art, but it is austere, intellectual, and cold. And humor, when there, freezes, ices . Among the Chinese, we find tragic pictures, but without same claim as ours. I found it delightful. Even when they return to stereotypes such as Warhol and his Campbell soup, there is no incentive to make this link, saying "another the sub-Warhol ...! " But rather to rejoice in the diversion of the ancestor to the Chinese context.
To return to my collage, I mean I want to go on without worrying about rules, but playing with my scraps of paper.
Ce collage était parti de la tête de la femme, avec un corps un peu à la manière de Barlach. Je l’ai laissé comme cela pendant un jour, puis je me suis mis à le transformer, d’abord en intervenant dans le détail des cheveux, puis en intervenant sur le corps, le dotant d’un physique véritable. Et tout d’un coup, le petit garçon est venu s’ajouter à l’image. A l’origine, dans la pub il rigolait, mais comme on le sait bien, c’est le contexte qui donne le sens. Ici donc, il crie. Pourquoi ? Je me le demande. Ma propre mère ayant été d’une grande distance vis-à-vis de ses enfants, je ne puis que m’imaginer une telle proximité physique ni même d’avoir éprouvé de la vraie colère envers elle. Cette image est donc fantasmatique. Après avoir placé l’enfant, j’ai essayé de créer un effet 3-D avec le corps et le visage de la mère, au risque de briser l’image. C’est une piste intéressante à poursuivre, je crois.
Le voyage à Singapour m’a montré combien les artistes chinois étaient décomplexés par rapport aux chapelles de l’art contemporain. A Genève, il y a bien un musée d’art contemporain, mais il est austère, intellectuel, froid. Et l’humour, quand il y en a, s’y fige, s’y glace. Chez les Chinois, on rencontre du tragique, mais sans la même prétention que chez nous. J’ai trouvé cela réjouissant. Même quand ils reprennent des stéréotypes comme Warhol et sa Campbell soup, cela n’incite pas à faire ce lien, en se disant « encore du sous-Warhol… ! » mais plutôt à se réjouir du détournement de l’ancêtre vers le contexte chinois.
Pour revenir à mon collage, je veux dire que j’ai envie de poursuivre sans me préoccuper de canons ou de règles, mais de jouer avec mes bouts de papier.
Sometimes I go back to my artistic roots, namely the paintings that I could contemplate at the museum in Hannover, the medieval German masters displaying very raw scenes of martyrdom, in a shallow space full of grotesque characters. It is in the paintings of Beckmann that this kind of spirit can be found again.
In collage no.424, there is the same crowd that is suffocating the characters and a great sense of danger. This is how I see it anyway. What I find most disturbing about this collage is that the characters are not clearly defined. They are almost anatomically correct, but their "gender" is not clear, because they underwent mutation or are defect if preferred. Collage permits precisely this shift toward the monstrous. But few artists venture there or do it in a slightly awkward way, as it seems. Thus at the death of Qaddafi, someone posted on Facebook a collage or photo montage distorting his face. When I saw it I wanted to say, "Too late!" One had to tackle him during his lifetime, because once dead, what interest? Personally, I feel that I explore in this kind of collage what is embedded in all of us: our violence, our frailties. In this sense, everyone is a monster, including me. Dark Germany of my childhood!
Quelquefois je retourne vers mes racines artistiques, à savoir les tableaux que j’ai pu contempler au musée de Hanovre, des maîtres allemands y montrent des scènes de martyrisation très crues, dans un espace bourré de personnages grotesques. C’est dans la peinture de Beckmann qu’on retrouve cet esprit.
Dans le collage 424, il y a le même entassement qui fait suffoquer les personnages ainsi qu’un sentiment de grand danger. C’est ainsi que je le vois du moins. Ce qui me semble le plus inquiétant dans un tel collage, c’est que les personnages sont mal définis. Ils sont anatomiquement à peu près corrects, mais leur « genre » n’est pas clair, car il y a eu mutation ou malformation si on préfère. Le collage permet justement ce glissement vers le monstrueux. Mais peu d’artistes s’y aventurent ou le font de manière un peu maladroite, à ce qu’il me semble. Ainsi à la mort de Kadhafi, quelqu’un a publié sur Facebook un montage déformant son visage. J’ai eu envie de dire : « Trop tard ! » Il fallait s’y attaquer de son vivant, car une fois mort, quel intérêt ? Personnellement, j’ai l’impression d’explorer dans ce genre de collage ce qui est enfoui en chacun de nous : nos violences, nos fragilités. En ce sens, chacun est une sorte de monstre, y compris moi. Sombre Allemagne de mon enfance !
After the 3000th collage posted on my site, I continue to make collages, thank you V. who sent me a bouquet of flowers to celebrate the event. Having removed my tablet on which I have made so many collages, I have been working at my IKEA portable desk today, temporarily installed on two chairs, but it will from now be put away each time vertically, once the daily collage(s) achieved. Indeed, the place to store it flat is missing. And it is far too heavy (20kg) for the storage on a cabinet. So, no more unglued collage lying loosely on my desk, with scattered stacks of magazines around. As of today, to begin work, I have to find a small stack of magazines in a rack, then place it near my new working space. With a disciplined organization, although minimalist, I managed anyway to make a nice collage. But next week, no question of the "box" placed permanently on a table -unless I succeed in the future to squat the dining-room table...
What's funny is that when I moved into this apartment of 65m2, I took a whole room as a studio, then, over the years, my space was gradually reduced until this box of 120x60cm. It is true that collage as I practice it does not require much space, that of an illuminator monk or so, I guess. My computer, with its scanner, printer and external hard drives demand more. But it's for a good cause: to finally have a dining room where we can receive family and friends instead of squeezing them into the kitchen. This is the choice we made together, my wife and me. To summarize, I would say that this change leaves me a little worried, with a twisted stomach, but I intend to continue my work ...no matter what.

Après le 3000e collage publié sur mon site, je continue à coller, merci à V. qui m’a envoyé un bouquet de fleurs pour célébrer l’évènement. Ayant démonté ma tablette sur laquelle j’ai tant collé, je travaille depuis aujourd’hui à mon bureau portatif IKEA, posé provisoirement sur deux chaises, mais il faudra dorénavant chaque fois le ranger verticalement, une fois le(s) collage(s) fait, la place manquant pour le ranger à plat. Et il est bien trop lourd (20kg) pour le hisser sur une armoire. Donc, plus de collage non collé traînant sur mon bureau, ni des piles de magazines éparpillés. Depuis aujourd’hui, pour commencer à travailler, je dois chercher une petite pile de magazines dans une étagère, puis la poser près de mon nouveau bureau. Grâce à une organisation rigoureuse, quoique minimaliste, j’ai quand-même réussi à faire un collage réussi. Mais la semaine prochaine, plus question de laisser la « boîte » posée en permanence sur une table – à moins que je réussisse à squatter la future salle-à-manger…
Ce qui est drôle c’est que quand j’ai emménagé dans cet appartement de 65m2, j’ai réservé une pièce comme atelier, puis, au fil des années, mon espace s’est progressivement réduit, jusqu’à cette boîte de 120x60cm. Il est vrai que le collage comme je le pratique ne demande pas beaucoup de place, celle d’un moine enlumineur à peu près, je suppose. Mon ordinateur, avec son scanner, son imprimante et ses disques durs externes en demande bien davantage. Mais c’est pour la bonne cause : avoir enfin une salle à manger où nous pourrons recevoir la famille et les amis au lieu de les coincer dans la cuisine. C’est le choix que nous avons fait ensemble, ma femme et moi. Pour résumer, je dirais, que ce changement me laisse un peu inquiet, mais j’ai la ferme intention de poursuivre mon travail… coûte que coûte.